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  • Docteur Bridge

Lutter contre le tabagisme directement depuis le cabinet dentaire !



Le mois de Novembre rime désormais, dans la sphère publique, avec Moi(s) sans Tabac: un défi collectif dans lequel tous les fumeurs sont incités à arrêter, durant un mois entier, cette habitude nocive pour leur santé. Inspiré du Stoptober britannique (qui se déroule, lui, en octobre), cette année 2018 représente la troisième édition du Moi(s) sans tabac, ponctuée de nombreuses actions de communication et prévention de proximité. Et c’est pourquoi nous avons souhaité consacrer notre Focus à cette thématique… Ne l’oublions pas : en France, le tabac possède 13 millions d’adeptes quotidiens et est encore responsable de 200 morts par jour !



Les chirurgiens-dentistes, acteurs de la lutte contre le tabagisme


Voilà maintenant deux ans que vous, chirurgiens-dentistes, bénéficiez d’un véritable rôle dans la lutte contre le tabagisme. Depuis deux ans, les praticiens sont intégrés dans les différents dispositifs mis en œuvre pour réduire la consommation de tabac de leurs patients. Et notamment, vous détenez désormais la possibilité de prescrire des substituts nicotiniques, et ainsi de donner accès à vos patients à un forfait d’aide au sevrage. A l’heure actuelle, l’Assurance Maladie rembourse, sur prescription, les traitements par substituts nicotiniques (sous forme de patchs, gommes, pastilles, ou encore inhalateurs notamment) à hauteur de 50€ par année civile et par bénéficiaire. Pour les jeunes de 20 à 30 ans, les femmes enceintes, les bénéficiaires de la CMU Complémentaire et les patients en ALD cancer, ce montant est même majoré à 150€… Bon à savoir : pour que vos patients puissent être correctement remboursés, les substituts doivent être prescrits sur une ordonnance qui leur est exclusivement consacrée, et donc sur laquelle aucun autre traitement ne doit figurer !



De nombreuses alertes publiques sur les risques de consommation du tabac


Régulièrement, un nouvel article paraît dans la presse traitant des dangers du tabac, et tentant de mettre en avant les très nombreux points qui devraient motiver tous les fumeurs à s’arrêter. Dernièrement, ce sont les dentistes belges qui ont profité du mois d’Août, synonyme de vacances et de laisser-aller, pour faire un rappel sur les risques, non pas de la cigarette, mais du cannabis sur les dents. Leur message était clair : plus une personne fume du cannabis, plus elle risque de voir ses dents jaunir, tomber, développer des caries, des troubles sensoriels, des mycoses ou encore des lésions précancéreuses… Un article relayé en masse dans la presse française.


Et en effet, ces affections buccales et dentaires touchent davantage les fumeurs de cannabis que ceux qui consomment du tabac... En cause ? Le THC, le principe actif contenu dans les feuilles. Pour les dentistes belges, cette molécule modifie l’environnement de la flore bactérienne buccale, diminuant la production de salive et rendant la plaque dentaire plus épaisse et collante.


Par ailleurs, la consommation de cannabis est souvent liée à des comportements de grignotage alimentaire, n’aidant pas à maintenir une bonne hygiène dentaire… Veronique Seha, dentiste généraliste chargée de cours sur l’impact du tabagisme sur la santé bucco-dentaire au Fonds des affections respiratoires (Fares), explique : "Tout fumeur de cannabis (et bien sûr de tabac) devrait consulter régulièrement son dentiste, qui pourrait l’informer sans juger, dépister les atteintes bucco-dentaires, les soigner voire, si nécessaire, référer le patient à un autre spécialiste. Il est important de créer une relation de confiance pour aborder ce sujet délicat et permettre ainsi au consommateur de discuter sereinement avec le praticien".


Pour le tabac, même si les conséquences sont moindres que pour le cannabis, les risques pour les dents sont nombreux : augmentation du risque de caries dentaires, de maladies gingivales, d’halitose, de tâches sur les dents voire de cancer buccal… C’est pourquoi les praticiens sont désormais inclus à 100% dans la lutte contre le tabagisme : le statut de chirurgien-dentiste confère une réelle légitimité concernant l'impact du tabac sur la santé...



Le cas de la cigarette électronique…


Pour arrêter "en douceur", ou pour s’éloigner des composants toxiques de la cigarette classique, de nombreuses personnes se tournent vers la cigarette électronique, jugée moins dangereuse. Mais qu’en est-il vraiment ? Du côté des dents et de la bouche, la cigarette électronique n’est pas réellement meilleure que sa sœur traditionnelle. L’année passée, une étude réalisée par le Centre médical de l’Université de Rochester, aux Etats-Unis, a démontré que "vapoter" était aussi mauvais pour les gencives et les dents que de fumer des cigarettes classiques. Lors de l’exposition de tissus de gencive humaine issus d’une personne non fumeuse, les vapeurs de cigarette électronique ont engendré une libération des protéines inflammatoires qui aggravent le stress cellulaire. Un stress qui peut causer des dommages aux cellules, et mener à plusieurs maladies de la bouche… L’auteur principal de l’étude, Irfan Javed, explique : "La quantité et la fréquence auxquelles sont vapotées les cigarettes électroniques déterminent l’étendue des dommages portés aux gencives et à la cavité buccale". L’équipe de chercheurs a également découvert que les agents de saveur, ajoutés dans les liquides de e-cigarette, pouvaient également endommager les cellules de la bouche.


Une autre étude, menée plus tard par une équipe de chercheurs de l’Université de Laval à Québec, a démontré qu’un grand nombre de cellules de la bouche mouraient en quelques jours après avoir été exposées en laboratoire à de la vapeur de cigarette électronique. Au cours de leurs tests, ils se sont aperçus que dans les cultures non exposées aux vapeurs, seules 2% des cellules mouraient. En revanche, la culture exposée présentait 18, puis 40 et enfin 53% de cellules mortes après respectivement 1,2 et 3 jours d’exposition à la vapeur de cigarette électronique. L’auteur principal de l’étude a commenté les résultats obtenus : "Les dommages subis par la barrière de défense de la bouche peuvent faire augmenter le risque d’infection, d’inflammation et de maladies gingivales".


Même si elle ne nous a pas encore certainement tout dévoilé, la cigarette électronique ne semble pas la meilleure alternative au tabac… Sur le plan de la santé, le mieux est encore d’arrêter totalement !



Tous inégaux face à l’addiction…


Malheureusement, tous les patients ne sont pas égaux devant l’addiction. Si, pour certaines personnes, l’arrêt va se faire sans trop de complexité, pour d’autres, il va s’agir d’une vraie torture... Mi-octobre, des chercheurs français ont annoncé avoir découvert comment agit, dans le cerveau, le gène à l’origine des très grandes inégalités observées face à l’addiction tabagique. L’équipe de chercheurs, dirigée par Benoit Forget et Uwe Maskos de l’Institut Pasteur de Paris, a détaillé les résultats de ses travaux : le risque de dépendance serait lié à une mutation génétique. Les chercheurs le savaient déjà: la nicotine, principal composé psychoactif du tabac, est responsable de cette addiction.Elle se fixe sur les récepteurs nicotiniques présents dans le cerveau, déclenchant l’activation de circuits moléculaires cérébraux dits "de récompense" et favorisant ainsi la sensation de bien-être. L’équipe de chercheurs française est allée plus loin dans la compréhension de ces récepteurs, composés de 5 "sous unités". La consommation de tabac d’un individu est fortement liée à la sensibilité des récepteurs nicotiniques, et, ces dernières années, plusieurs études de génétique humaine ont montré qu’une mutation dans le gène CHRNA5 (codant pour la « sous-unité α5") était associée à une augmentation significative du risque de tabagisme. Le problème: cette mutation est très présente dans la population générale : 35% des Européens en sont porteurs, et jusqu’à 50% de la population du Moyen-Orient…


Les responsables de l’étude ont commenté : "Au départ c’est un cluster de gènes, qui code pour les sous-unités α5, α3 et b4 du récepteur nicotinique qui a pu être associé à la dépendance au tabac. Mais c’est surtout un variant génétique particulier qui porte l’essentiel de cette association, ce variant conférant à lui seul un risque, ce qui est particulièrement élevé pour une pathologie comportementale. Ce résultat est remarquable pour une pathologie aussi complexe et multifactorielle que la dépendance au tabac, et il n’a aucun équivalent dans les autres addictions, ni même dans les différents troubles psychiatriques".


Les chercheurs ont ensuite cherché à comprendre pourquoi on observe de si grandes différences chez les fumeurs dans la réussite du sevrage tabagique : "Cette étude nous a permis d’évaluer plus finement l’impact de cette mutation sur différentes phases de l’addiction à la nicotine. Ces résultats suggèrent d’autre part qu’un médicament capable d’augmenter l’activité des récepteurs nicotiniques contenant la "sous-unité α5" pourrait permettre de réduire la consommation de tabac et le risque de rechute après sevrage".



Les applications à conseiller à vos patients


Les inégalités face à l’addiction ne doivent pas pour autant décourager les patients motivés à arrêter la cigarette. En plus de leur prescrire des substituts, n'hésitez pas à les inciter à télécharger certaines applications sur smartphone, qui vont les accompagner dans leur combat contre le tabagisme.


L’application Tabac Info Service développée par Santé Publique est vraiment à conseiller à vos patients! 100% gratuite, elle motive le consommateur à se lancer ou à continuer son sevrage à l’aide de badges gagnés au fur et à mesure du temps qui passe, du calcul du montant des économies réalisées depuis l’arrêt, d’astuces personnalisées pour gérer le manque et son stress ou encore de mini-jeux. Elle est utile à la fois en amont de l’arrêt, afin de peser les pours et les contres, d’énumérer les raisons d’arrêter notamment, de se renseigner sur les substituts qui existent mais elle l’est surtout au cours du sevrage tabagique. L’application permet notamment de recevoir des vidéos de soutien de la part de ses proches, ou encore d’appeler directement un tabacologue en cas de risque important de "craquage"… Bref une application très complète, qui aide à maintenir sa volonté intacte !



Pour s'occuper l’esprit et ne pas penser à la cigarette, un petit studio de création lyonnais vient de lancer une toute nouvelle application appelée Smokitten. Derrière ce nom mignon se cache en réalité de nombreux mini-jeux qui vont permettre de se défouler ou au contraire de se détendre dans les instants les plus difficiles du sevrage. Le jeu met en scène un chat qui a arrêté de fumer et se retrouve naufragé sur une île… sans tabac à proximité ! Pendant 222 jours, le joueur va devoir le divertir à l’aide de nombreuses activités : yoga, montgolfière, ou encore boxe, en cas d’excès de colère ! Au fur et à mesure, le joueur récolte des pièces d’or qui vont permettre d’améliorer les conditions de vie de l’animal sur sa petite île. Le studio lyonnais s’est associé au centre Hygée pour développer son application, une plateforme de prévention des cancers du Cancéropôle Lyon Auvergne-Rhône-Alpes. Et pour le directeur du centre, le jeu est une excellente idée pour faire face à l’envie de cigarette : "Le jeu vidéo, de manière générale, permet de s’identifier à son avatar virtuel tout en créant la distanciation nécessaire à la maîtrise de ses émotions immédiates".


Enfin, nous le savons bien, la respiration joue un rôle crucial dans la gestion du stress. Selon Tabac Info Service, l’envie brutale de cigarette s’estompe après 3 minutes. Alors, pour gérer cet instant difficile, l’application RespiRelax peut avoir une vraie utilité : en calquant sa respiration sur la bulle qui monte (inspiration) et qui descend (expiration) pendant au moins 3 minutes, l’utilisateur va pouvoir atteindre sa cohérence cardiaque, à savoir le fait de mettre son cœur et sa respiration sur la même fréquence. Cette technique de synchronisation des rythmes respiratoire et cardiaque est réputée pour procurer un apaisement immédiat! 100% gratuite, n’hésitez pas à la conseiller à vos patients !



En résumé, le Moi(s) Sans Tabac, c’est l’occasion rêvée pour inciter et aider vos patients à arrêter de fumer… Et ça marche ! Selon les données du Baromètre santé 2017, 380 000 fumeurs quotidiens ont fait une tentative d’arrêt en lien avec la 1ère édition. Environ 20% d’entre eux étaient toujours abstinents 6 mois plus tard, soit près de 80000 ex-fumeurs !



SOURCES : ORDRE DES CHIRURGIENS-DENTISTES | TABAC INFO SERVICE | AMELI | E-SANTE | SLATE | LA DEPECHE | LE PROGRES | GRAZIA